Drapeau de Jack Rackham. Image du domaine public.Voili voilou … nous y revoilu :-) Le ” piratage ” musical est de nouveau sur le devant de la scène. Vous noterez que j’ai entouré le terme piratage de guillemets car en réalité, j’ose le dire, il n’en est pas. C’est d’ailleurs pourquoi je prends l’initiative d’écrire cet article, las de voir et d’entendre ces sempiternelles allégations qui n’ont comme seul fondement que la volonté de diaboliser une pratique qui irrite ceux qui, jusqu’à présent, étaient les seuls à pouvoir distribuer les oeuvres à grande échelle et d’en récolter du même coup une conséquente rémunération. Oui mais voilà, cette époque est bien révolue !

Petite histoire du Piratage de masse

Je tiens d’abord à faire un petit rappel à propos du piratage informatique ” de masse ” et notamment sur son apparition. L’histoire se déroule au début des années 80 dans les universités américaines. Apple vient de sortir son premier ordinateur personnel et les PCs IBM sont eux aussi sur le même créneau. La bataille commerciale entre les 2 technologies pour prendre le plus de parts de marché fait rage.

Les étudiants sont évidemment un coeur de cible idéal pour ce genre de nouvel outil. Cependant, ils ne roulent pas sur l’or et budgetiser un ordinateur et des logiciels qui coûtent plus chers que la machine elle même, tout en se payant des études n’est pas chose aisée. Mais alors, comment diffuser un produit destiné à la masse si celui-ci n’est accessible que par une infime minorité et surtout, comment justifier l’achat d’une technologie plutôt que d’une autre ? Il semblerait que ce soit chez Apple que l’idée ( de génie ? ) va germer et permettre de résoudre cet épineux problème : il suffit de faire circuler dans les milieux universitaires des copies illégales ” sous la veste “, tout simplement ! Pourquoi ? Mais c’est bien sûr ! Si les étudiants savent qu’il est facile de trouver les logiciels qui fonctionnent sur les machines Apple, sans les payer, alors autant acheter ces machines plutôt que d’autres non ? ;-) Et c’est bien ce qui s’est produit ! Contrairement à l’Europe, l’Amérique a longtemps été dominée par les machines au logo de pomme croquée ( évidemment, la qualité de leur produit y a aussi très largement contribué ). D’ailleurs, force est d’admettre que s’il avait été totalement impossible d’utiliser des logiciels piratés, l’informatisation du monde n’en serait pas là !

On le voit bien, les industriels de l’informatique ont compris il y longtemps déjà qu’il faudrait compter avec, et même utiliser le ” piratage ” comme un merveilleux moyen ( l’unique en réalité ) de diffusion massive de leurs produits à grande échelle. Evidemment, vous n’entendrez jamais officiellement ce genre de discours de la bouche d’un des acteurs de cette industrie, mais n’est-ce pourtant pas évident ? :-)

Et la musique dans tout ça ?

Et bien en réalité, il faut préciser que je fais allusion à la musique qui est enregistrée sur un support de stockage numérique ( sur lequel nous payons déjà systématiquement une taxe pour compenser les pertes occasionnées par la copie illégale, que l’on soit pirate ou pas ! ) conçu pour stocker toute forme d’informations, dont la musique, mais pas seulement. Au niveau strictement technique, ce n’est pas du son qui est stocké mais sa reproduction numérique. Autrement dit, la musique quand elle est stockée sur un ordinateur n’est qu’un fichier comme un autre. Il peut être lu, modifié, copié, renommé, déplacé, supprimé, c’est justement ce à quoi sert un ordinateur, à traiter de l’information … et c’est bien ce pourquoi on l’achète !

Et me voilà donc avec ce merveilleux outil capable de lire, modifier, copier, renommer, déplacer et supprimer, connecté à internet, relié ainsi virtuellement aux internautes du monde entier, me permettant de recevoir et d’émettre toute sorte d’informations. Vous noterez qu’internet est un réseau pour lequel on paye un droit d’accès, pas un matériel qu’on achète et qui nous appartient. On est pas obligé d’utiliser internet quand on a un ordinateur mais … croyez-vous qu’il y aurait autant d’ordinateurs dans nos chers foyers si internet n’existait pas ? Moi pas :-)

Résumons : j’ai payé pour acquérir une machine dont l’unique fonction est le traitement de l’information, je paye pour accéder à internet dont l’unique fonction est l’échange d’informations. Et voilà que les majors de l’industrie musicale arrivent et me demandent de ne pas utiliser ce pourquoi je paye comme bon me semble en invoquant les droits d’auteurs …

Mais est-ce moi qui ai construit les systèmes qui permettent de le faire ? Est-ce moi qui ai mis en place un réseau permettant cet échange ? Si cela n’est pas acceptable, pourquoi me vend t’on ces équipements, ces prestations, ces services, et pourquoi me fait-on payer une taxe contre la copie ? Et puis d’abord, de quel droit m’interdirait-on de donner et de partager ce que j’ai acquis ? Car il ne faut pas rêver ! Cette musique qui circule a bien été payée à un moment ou à un autre ! Là où ils voient du piratage, nous ne voyons que du partage et c’est bien là toute la différence.

En réalité, ces majors qui sont restées assises sur leurs acquis, leur main-mise sur les filières de distribution mondiale, n’ont pas été capable d’anticiper ce nouveau média et de développer suffisamment tôt de nouveaux outils de distribution, de nouveaux produits capables d’exploiter ce nouveau moyen de distribution. Mais il y a pire pour eux …

Effectivement, qui empêche aujourd’hui un artiste quel qu’il soit de s’auto-distribuer sur la planète entière ? Personne ! Aujourd’hui grâce à internet tout artiste peut potentiellement être vu et entendu partout dans le monde sans jamais recourir à une major, et c’est là que le bât blesse ! Imaginez ce que seraient les majors de cette industrie sans les artistes … plus rien ! Alors tel un animal blessé, ils sortent leurs griffes et tentent de protéger leur steack en essayant d’imposer à tous l’interdiction d’échanger la musique que nous aimons avec d’autres et dans le même temps de renforcer la puissance et la durée des droits qu’ils possèdent déjà. Il ne tient pourtant qu’à eux de développer des solutions suffisamment attractives pour en tirer des bénéfices. Ils reprochent à internet l’ampleur des échanges induits mais .. n’ont-ils pas du même coup un ” point de vente ” qui bénéficie de la même largeur d’auditoire ? Avant internet il fallait obligatoirement investir énormément dans les points de vente ” en dur ” et en nombre …

Que ceux qui gagnent de l’argent en diffusant ces produits soit taxés, cela peut se concevoir, mais ” tirer ” sur des citoyens qui s’échangent des choses qui leur plaisent ressemble à s’y méprendre à une forme de totalitarisme qui n’a jamais été bien tolérée par aucun peuple dans l’histoire de l’humanité …

Voir aussi : « Propriété intellectuelle » est un euphémisme malencontreux

Tags: , , , , ,

Sélection d'articles +/- relatifs.

Répondre

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>